Terroir n°2 - Septembre 2020

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FOCUS

LE BOOM DU BIO

 

Les aliments issus de l’agriculture biologique font de plus en plus d’adeptes parmi les consommateurs, préférés aux produits conventionnels pour des raisons de santé ou de respect de l’environnement. Un succès qui incite chaque année de nombreux paysans suisses à convertir leur domaine à ce mode de production. Retour sur un phénomène florissant qui a pourtant mis du temps à s’imposer. 

Les Suisses sont de plus en plus friands de bio. Ce sont les chiffres qui l’attestent. En 2019, les produits issus de ce mode de production ont atteint pour la première fois 10,3% de parts de marché. «Soit presque le double qu’en 2010», se réjouit Balz Strasser, directeur de Bio Suisse. Une tendance que confirme logiquement la grande distribution. «Au cours des derniers mois, nous avons effectivement ressenti une forte demande concernant les produits biologiques. Chez Coop, leur part a même dépassé les 14%, confirme le géant orange. Nous proposons actuellement près de 4100 références bios et avons lancé cette année plus de 100 nouveaux articles supplémentaires.» Même constat chez le discounter Aldi. «De 2018 à 2019, nous avons enregistré une croissance des ventes de plus de 20%, notamment dans le secteur des fruits et légumes ainsi que dans les produits laitiers. Depuis l’introduction des premiers articles bios dans notre assortiment en 2014, nous n’avons cessé d’élargir notre gamme et en proposons aujourd’hui plus de 300 pour un assortiment d’environ 1500 articles conventionnels.» En tête des produits bios les plus prisés par les consommateurs figurent les légumes (57%), suivis des fruits (52%), des œufs (39%) et du lait (30%). Les plats préparés (7%) et les surgelés (8%) arrivent quant à eux en queue de peloton.

UN ACTE CITOYEN

Le bio, cette retraitée vaudoise s’y est convertie il y a dix ans déjà. «Une de mes amies était atteinte de polyarthrite rhumatoïde et a réussi à apaiser ses douleurs en changeant d’alimentation. J’ai peu à peu pris conscience que manger n’était pas seulement l’acte de se nourrir, mais aussi le moyen de préserver sa santé», explique la sexagénaire. Aujourd’hui, elle s’alimente bio à 90% et s’approvisionne auprès de la grande distribution, au marché et dans des magasins spécialisés. «Les produits y sont certes un peu plus chers, mais je peux acheter mes fruits et légumes en vrac, ce qui engendre moins de gaspillage et, au final, moins de dépenses.»

Pour ce couple de trentenaires parents d’un enfant en bas âge, consommer bio est avant tout un acte citoyen. «Nous avons fait ce choix pour la santé de notre famille, mais aussi pour celle de la planète», répondent-ils d’une seule voix. Ils reconnaissent y consacrer un certain budget, sans avoir pour autant l’impression de faire des sacrifices. «On ne remet jamais en question le prix des téléphones portables, de l’essence, des loisirs ou des voyages, mais on hésite à deux fois avant de dépenser un peu plus pour s’alimenter sainement. C’est paradoxal.»

 

PIONNIER DU BIO

Militant de la première heure pour une agriculture écologique et durable, l’ancien paysan et politicien Vert Fernand Cuche se réjouit de cet intérêt grandissant des Suisses pour les productions bios. «Cette tendance montre bien que les consommateurs, mais aussi les paysannes et les paysans de ce pays, se sentent de moins en moins à l’aise avec l’utilisation de pesticides et d’engrais de synthèse.» Un changement dans les mentalités qui a pris du temps pour faire son chemin. Le Neuchâtelois de 74 ans en sait quelque chose. Il y a quarante-cinq ans, quand il a acheté en association le petit domaine de Lignières pour se lancer dans le bio, les critiques ont été vives. «Les premières années, nous avions de la peine à produire des céréales qui ne soient pas envahies d’herbes indésirables. Il nous a fallu un peu de temps pour affiner nos méthodes. C’étaient les années 1970, les tout débuts du bio en Suisse romande. Cultiver autrement représentait un combat, parce que cela contestait le modèle intensif dominant et suscitait forcément la méfiance de l’immense majorité des paysans», se souvient-il. Pas de quoi détourner toutefois le jeune agriculteur de son idéal. «Je me sentais en porte-à-faux avec cette agriculture intensive et son poids sur l’environnement», raconte Fernand Cuche. L’heure était à une agriculture toujours plus productiviste, héritage d’une guerre pourtant lointaine, mais dont les souvenirs des restrictions marquaient encore fortement les esprits. Il y avait d’une part l’angoisse des paysans de ne pas produire suffisamment et de l’autre celle du peuple de manquer de nourriture. «Le mode de production intensif a offert une sécurité alimentaire. En trente ans, notre pays est passé de la disette à la gestion des excédents, en particulier dans la production laitière, rappelle le septuagénaire. Pratiquer une agriculture écologique exigeait de rebrousser chemin. Pour beaucoup, c’était un retour à la paysannerie de grand-papa...»

LE BIO, QUÈSACO?

Contrairement à l’agriculture conventionnelle, l’agriculture biologique n’a pas recours aux pesticides chimiques de synthèse, aux engrais minéraux facilement solubles et aux organismes génétiquement modifiés. En outre, la production animale doit respecter les besoins naturels des espèces. Les producteurs bios travaillent en cycle aussi fermé que possible: les plantes sont fertilisées avec les engrais organiques de la ferme (fumier, compost, lisier) et les animaux sont nourris le plus possible avec les aliments produits sur le domaine. La ferme est ainsi perçue comme un écosystème dans lequel les forces autorégulatrices s’harmonisent de manière optimale les unes avec les autres afin de ménager les ressources et de diminuer la pollution de l’environnement.

UNE TRANSITION PARFOIS DIFFICILE

Mais l’expérience des pionniers du bio et l’adhésion progressive des consommateurs donneront peu à peu raison aux promoteurs de ce nouveau mode de production. «Aujourd’hui, les agriculteurs constatent que ces paysans convertis au bio il y a trente ou quarante ans sont toujours là et qu’un autre modèle est possible», se félicite Fernand Cuche. Qui ne sous-estime pas pour autant les difficultés d’une reconversion. «Les terres habituées à être exploitées de manière intensive affichent moins de diversité botanique, moins de microfaune et de populations d’insectes. Dans leur phase de transition, les sols et les plantes se demandent un peu ce qui leur arrive et ont besoin d’une période d’adaptation. Les agriculteurs doivent choisir les bonnes semences et les bonnes rotations de cultures. Heureusement, cette étape est soutenue par les pouvoirs publics. Car c’est une petite révolution.»

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BALZ STRASSER

DIRECTEUR DE BIO SUISSE

 

Comment analysez-vous le succès des aliments bios ces dernières années?

En achetant des produits biologiques, chacun d’entre nous fait sa part pour protéger l’environnement et la nature. Cette progression montre que de plus en plus de consommateurs prennent cette responsabilité au sérieux. Un sur quatre opte désormais pour des aliments biologiques plusieurs fois par mois et 57% d’entre eux les achètent même quotidiennement ou plusieurs fois par semaine. Nous ne parlons pas ici d’un boom éphémère, mais bien d’une croissance continue et durable.

 

De nombreux consommateurs renoncent toutefois encore au bio, car ils le trouvent trop cher. Que leur répondez-vous?

Les produits biologiques ne sont pas trop chers, ce sont les aliments issus de l’agriculture conventionnelle qui sont trop bon marché. Cela est dû au fait que l’impact de leur production sur la nature et l'environnement n’est pas facturé aux consommateurs. Nous parlons là de coûts externes, tels que la pollution des sols et de l’eau par les pesticides et les engrais artificiels. Ces coûts sont payés aujourd’hui par les contribuables et le seront demain par les générations futures. Un exemple actuel: l’année dernière, plusieurs municipalités ont dû fermer des puits d’eau souterraine en raison de résidus excessifs de pesticides. Les produits biologiques sont donc exposés à une concurrence déloyale sur les rayons. Plus les produits conventionnels sont bon marché, plus les coûts externes sont généralement élevés.

 

Dans les grandes surfaces, beaucoup de fruits et légumes bios sont encore vendus dans des emballages en plastique. N’est-ce pas contradictoire?

Nous comprenons l’irritation des consommateurs face à ces emballages. Mais la loi prévoit une séparation claire des denrées: les produits biologiques et les produits conventionnels ne peuvent pas être mélangés. L’emballage des produits est un problème très complexe que Bio Suisse ne peut résoudre et qui relève donc clairement de la responsabilité des transformateurs et du commerce de détail. Avec nos partenaires, nous cherchons toutefois des solutions nouvelles et pratiques. D’énormes progrès ont été réalisés ces dernières années.

UNE AGRICULTURE 100% BIO EN 2050?

Une révolution toutefois possible et même indispensable, selon l’ancien paysan, à la survie future de l’agriculture et à la pérennité de l’alimentation. «Un sol vivant, c’est la garantie de manger demain. Une terre qui perd de sa fertilité est une terre qui se meurt et qui sera un jour abandonnée.»

En 2017, une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communications affirmait que l’agriculture biologique serait à même de nourrir l’ensemble de la population mondiale en 2050, estimée à 9,8 milliards d’individus, selon l’ONU, à condition de réduire le gaspillage alimentaire et de diminuer drastiquement notre consommation de produits carnés afin de libérer des surfaces aujourd’hui consacrées à l’élevage pour augmenter ainsi celles destinées aux cultures. «D’une envolée quantitative réussie, nous devons revenir à une production qualitative durable», insiste Fernand Cuche. En 2019, près de 7000 fermes ont produit selon les directives de Bio Suisse, soit 15,3% des exploitations de notre pays. Depuis le début de l’année, 299 domaines, dont 84 rien qu’en Romandie, se sont convertis à l’agriculture biologique. «Les paysans sont toujours plus nombreux à s’y mettre, conscients que le marché et les habitudes des consommateurs évoluent dans cette direction. Beaucoup d’entre eux déclarent avoir retrouvé une harmonie avec la nature et davantage de plaisir dans ce métier. Je n’en connais aucun qui souhaiterait revenir en arrière.»

 

AURÉLIE JAQUET

+ D’INFOS www.bio-suisse.ch

UN SIÈCLE D’HISTOIRE

Les débuts de l’agriculture biologique suisse remontent aux années 1920, inspirés notamment par le mouvement anthroposophique fondé par Rudolf Steiner au début du XXe siècle. Mais il faudra  attendre cinquante ans pour que son organisation s’institutionnalise véritablement, avec la création en 1973 de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) puis celle, en 1981, de l’Association des groupements de producteurs biologiques suisses, devenue Bio Suisse en 1997. La reconnaissance étatique et le soutien financier de ce mode de production ont commencé au niveau cantonal à la fin des années 1980. En 1992, l’agriculture biologique a été reconnue au niveau fédéral et intégrée dans la loi sur l’agriculture comme forme de production digne de soutien.

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