Comment bien s'adapter au réchauffement

EN BREF

Un jardin citadin qui crée du lien

EN BREF

DOSSIER

Ça chauffe au jardin

DOSSIER

DOSSIER

Reportage dans un jardin du Gros-de-Vaud qui fleure bon le sud

DOSSIER

DOSSIER

Dix variétés de légumes adaptés au réchauffement climatique

DOSSIER

PRATIQUE

Les astuces de jardinières et de jardiniers amateurs de Suisse romande

PRATIQUE

PRATIQUE

Comment entretenir son sécateur

PRATIQUE

PRATIQUE

Les meilleures méthodes pour désherber les dallages

PRATIQUE

PRATIQUE

C’est le moment de préparer vos semis

PRATIQUE

CALENDRIER

Les principaux événements jardin de l’année

CALENDRIER

DOSSIER

Une demeure aux accents du sud en plein coeur du Jorat


Passionné de fruits, Daniel Thomas fait pousser autour de sa maison de Cugy (VD), située à 700 mètres d’altitude, près de 450 plantes pour la plupart exotiques. Un petit paradis de couleurs cultivé en pleine terre et sous des serres qui lui permet d’être autosuffisant pratiquement toute l’année.

Oranges, limettes, kumquats, physalis, amandes ou kakis. À première vue et sans la bise qui balaie cette fraîche matinée, on se croirait presque un instant dans un verger tropical. C’est pourtant bien à Cugy (VD) que Daniel Thomas nous reçoit. Dans le jardin entourant sa maison, ce passionné fait pousser 446 arbres et arbustes fruitiers, dont 323 variétés différentes, originaires pour la plupart du bassin méditerranéen. «Certaines d’entre elles viennent aussi d’Extrême-Orient, d’Asie et d’Amérique du Sud», complète le sexagénaire. Musicien de formation, arboriculteur autodidacte, le Vaudois cultive depuis près de quarante ans une tradition fruitière qui se perd. «Il y a un siècle, les gens comptaient avant tout sur eux-mêmes pour s’alimenter. Aujourd’hui, les espèces stériles comme les sapins, les haies de thuyas ou de laurelle ont remplacé les arbres nourriciers», regrette-t-il.

JUNGLE D’AGRUMES

 

Sur sa parcelle de 1200 mètres carrés, il a créé un véritable jardin d’acclimatation. Son objectif: montrer que même en plein coeur du Jorat, à 700 mètres d’altitude, une multitude de variétés peuvent se développer, moyennant quelques connaissances et un peu de patience. Si les espèces indigènes occupent une bonne place, tels les pommiers, poiriers ou framboisiers, on trouve donc une majorité de plantes provenant d’autres climats. Les plus résistantes passent l’hiver à l’extérieur, alors que les autres sont protégées sous serre jusqu’à l’arrivée des beaux jours.

Daniel Thomas commence par nous ouvrir les portes de son orangerie, qui accueille une soixantaine de spécimens. À l’intérieur, un petit chauffage électrique alimenté par un panneau solaire y assure une température minimale de 0 degré. «L’idée n’est pas de recréer une atmosphère tropicale, qui serait une aberration écologique, mais juste de maintenir un climat hors gel. D’autant que les oranges ont besoin d’une période de froid pour mûrir. D’ailleurs, dans certaines régions du continent africain où les températures ne descendent pas suffisamment bas, elles restent jaunes toute l’année», explique le jardinier.

À côté des pamplemoussiers, citronniers, limettes bigarrées et autres agrumes s’épanouissent un bananier à l’essai, des physalis, des mini-goyaves et quelques oliviers en pots. Daniel Thomas a cueilli leurs fruits en décembre, période de maturité de l’or vert. «Je n’en ai pas assez pour les mettre en saumure. Je les mange sur l’arbre.» Déguster ses récoltes directement sur les branches est d’ailleurs sa philosophie depuis toujours. «C’est là que les fruits délivrent leur véritable saveur, car ils sont encore nourris par la sève. Quelques heures après la cueillette, ils perdent déjà en vitalité.»

 

AU PLUS PRÈS DE LA NATURE

 

 

Mais Daniel Thomas cultive également des variétés de garde. Dans un cageot, des noix et quelques pommes subsistent encore de sa récolte de l’automne. «Je fais aussi pousser différents poiriers. Le but est de pouvoir assurer ma consommation toute l’année. J’y arrive presque.» Ses deux autres serres d’avancement abritent des pêchers, des nectariniers, des grenadiers, un jujubier, originaire d’Asie centrale, qui donne des petites dattes foncées, ou encore des mûriers. «Pas les ronces que l’on trouve chez nous, mais l’arbre tropical aux baies rouges ou blanches», précise-t-il.

Le Vaudois a puisé ses connaissances dans les livres et en tâtonnant. «Jardiner demande de la patience et passablement d’abnégation», confie ce végétarien dont la passion pour les fruits est liée à son approche philosophique de la nourriture. S’il les a toujours préférés aux légumes, c’est parce que, dit-il, ce sont les seuls aliments faits pour être mangés. «Les fruits sont des appâts naturels. Ils ont tout avantage à être consommés car c’est ainsi qu’ils disséminent leurs graines et assurent leur survie. À l’inverse, une pomme de terre a besoin de rester vivante pour générer une nouvelle plante. Elle n’a donc pas intérêt à être récoltée», indique-t-il.

 

« Dans mon orangerie, l’idée n’est pas de recréer une atmosphère tropicale, mais juste de maintenir un climat hors gel. »

 

Soucieux de cultiver au plus près de la nature, Daniel Thomas ne recourt à aucun traitement phytosanitaire. Le seul produit qu’il utilise est du savon noir pour se débarrasser des cochenilles. Son approche est exclusivement mécanique. D’une part avec la taille (lire encadré ci-contre), mais surtout en choisissant le bon emplacement pour chaque espèce. «Ma maison offre plusieurs microclimats. Côté nord, j’ai installé mes abricotiers. Ils débourrent ainsi plus tardivement et ne risquent pas les gels de printemps. À l’est, il y a les figuiers, la vigne et les poiriers, car l’avant-toit de la bâtisse protège les plantes d’un trop-plein d’eau et donc des maladies fongiques liées à l’humidité. Devant la façade sud, j’ai planté les arbres qui aiment la chaleur: les kiwis, les kakis, l’argousier, le néflier du Japon, des amandiers et des paw-paws, délices tropicaux à mi-chemin entre la papaye et la mangue.»

Daniel Thomas souhaite démontrer qu’une multitude de fruits exotiques peuvent pousser en Suisse, même à une relativement haute altitude. Il s’est spécialisé dans la culture d’agrumes, mais produit aussi une quantité d’autres espèces, comme des physalis, des piments ou encore des amandes.

BIENTÔT DES PISTACHES VAUDOISES?

 

Sa méthode produit des résultats, malgré quelques échecs. «Les mangues et les fruits de la passion, par exemple, n’ont pas très bien fonctionné.» Parfois aussi, les pollinisateurs manquent pour certaines espèces. Daniel Thomas doit alors réaliser lui-même le travail des insectes à l’aide d’un petit pinceau. C’est le cas des paw-paws et des néfliers du Japon, qui nécessitent l’intervention de petites mouches qu’on ne trouve pas ici. Pas de quoi décourager pour autant le jardinier, qui pense déjà aux prochaines plantes qu’il tentera d’acclimater. «J’aimerais essayer les pistaches et les caroubes, fruits méditerranéens de la famille des légumineuses.» Rendez-vous dans quelques années pour les premières récoltes.

 

L’IMPORTANCE DE LA TAILLE

 

L’une des approches les plus efficaces pour assurer la bonne santé de son verger réside dans la taille, rappelle Daniel Thomas: «Le vent et le soleil sont les meilleurs remèdes aux maladies. Prenez les framboises, par exemple. Celles des branches supérieures, qui sont aérées et exposées, sont souvent épargnées par les vers en comparaison avec celles du bas de l’arbre, à l’ombre et à l’humidité. La taille permet ainsi de donner une bonne orientation aux branches et d’éviter que les fruits ne soient trop serrés, pour avoir une récolte saine et sucrée.»

 

Par Aurélie Jaquet